Il est vrai que le système de concordance est l'émanation du système de démocratie directe. Mais, dans la pratique, la concordance était toujours le résultat de la volonté commune des quatre principaux partis d'assumer ensemble la responsabilité gouvernementale. Or, cette volonté n'existe plus depuis que le PDC et le PS refusent de collaborer avec l'UDC. En recherchant une coalition avec les socialistes, le PDC a définitivement quitté le camp bourgeois. Le nouveau gouvernement fédéral mènera donc une politique de centre-gauche.
L'UDC, en revanche, n'est plus représentée au Conseil fédéral. Ce constat sera très rapidement confirmé ? si besoin en est ? par les votations fédérales prévues pour l'année à venir : il ne faut guère s'attendre à ce que les deux conseillers fédéraux sans groupe apportent le moindre soutien aux initiatives UDC pour la réduction des primes et pour des naturalisations démocratiques. Alors que la base du parti a réussi à faire aboutir ces projets au prix d'un dur travail ? notamment pour la récolte des signatures ? elle est aujourd'hui écartée du Conseil fédéral.
Le système suisse de concurrence ? encore un "Sonderfall", un cas à part?
Il est vrai que la Suisse est passée mercredi dernier du système de concordance, qui a fait ses prévues durant de nombreuses décennies, à un système de concurrence selon le modèle étranger. Il y a cependant quelques différences:
? Le plus fort parti de Suisse est dans l'opposition. Normalement, le parti le plus fort est chargé de conduire le gouvernement et ne se retrouve pas dans l'opposition.
? La Suisse est une démocratie directe. C'est dire que l'opposition y dispose de beaucoup plus de moyens qu'à l'étranger : comme force d'opposition bourgeoise, l'UDC ne peut pas seulement recourir aux instruments parlementaires, mais aussi à d'importants droits populaires.
? Le gouvernement suisse n'a pas de programme de coalition. Contrairement à l'opposition qui dispose d'un programme clair et parfaitement compréhensible, la coalition gouvernementale composée du PS, du PDC, du PRD et de conseillers fédéraux sans groupe n'a pas d'objectifs politiques communs.
? Les partis gouvernementaux suisses se battent pour le leadership. L'opposition bourgeoise, en revanche, peut compter sur un président de parti qui a fait ses preuves et sur une base extrêmement motivée.
Voilà des constats qui pourraient alimenter une analyse politique fondée. Or, la grande majorité des médias n'y a pas consacré une ligne. Dommage que les journalistes ferment les yeux devant l'information de toute évidence la plus importante. Il serait temps qu'ils sortent de l'ivresse d'une victoire qui n'en est pas vraiment une.
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